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  • Béatrice Calo Duret

Danse avec son jeu intérieur


Timothy Gallwey, ancien entraîneur de tennis, devenu coach, est à l'origine d'une technique appelée "le jeu intérieur" qui vise à améliorer sa performance mais aussi à pacifier son esprit pour une meilleure concentration sur l'objectif à atteindre :

« La performance (P) dans n’importe quelle activité est égale au potentiel (p) que l’on possède après la déduction des interférences (i). » Ces interférences venant de notre Moi mental qui nous met en garde, nous met dans le doute, sabote ...

Vous trouverez ci-dessous un extrait du livre* de Tim Gallwey dans lequel il établit un dialogue entre ses voix intérieures : celles de son désir, de son intuition, de son potentiel (en rose) et celles de sa raison qui donne des ordres, porte des jugements et qui nous gouverne la plupart du temps :

« Je ne suis prisonnier de rien. Je ne travaille pas sous pression. Je suis quelqu’un qui a quelque chose à dire et qui veut le dire. Je suis libre et je travaille librement, c’est tout.

Des mots courageux et assurés qui sortent de cette voix qui semble si faible et si douce. Elle apparaît si petite par rapport aux voix qui exigent que je fasse mon travail. Elle est très différente de la voix de l’obligation et du devoir, forte et sans appel, qui me conseille d’assumer mes responsabilités envers les autres. Celle que j’écoute à présent a un ton et un message différents.

Écoute‑moi. Je suis ton désir. Je suis authentique. C’est en moi que tu peux trouver la joie de ton existence.

Je travaille pour moi. J’aime ce que je fais. Je considère le travail comme l’une des plus belles opportunités offertes par la vie. Le travail est mon jeu. Mais ce jeu a un but. Ce but est le mien. Pas celui de tes éditeurs, ni même celui de tes lecteurs. Je ne suis pas seulement l’au­teur en toi, la source de ta créativité. Je suis toi. J’aime m’exprimer dans toutes sortes de tâches.

Ce qui me surprend également dans cette voix, c’est qu’elle parle au présent. Elle ne dit pas : « Je veux être libre. » Elle dit : « Je suis déjà libre. » Je continue d’écouter ce qu’elle a à me dire.

Je ne me préoccupe pas des délais. Je ne me préoccupe pas des exi­gences. Tout cela fait partie du jeu que tu joues. En jouant au tennis, peu m’importe qu’il y ait un gagnant et un perdant, des lignes sur le court et un filet à éviter. En conduisant une voiture, je ne me préoc­cupe pas de devoir rester sur la route.

Les contraintes en elles‑mêmes ne m’ennuient pas. Elles sont comme les rives d’un cours d’eau. J’aime simplement couler comme le cours d’eau et je sens l’océan dans lequel je vais me jeter. Les rives, les rochers, la profondeur variable du lit de ce cours d’eau, et même les barrages rencontrés en chemin, n’ont rien à voir avec l’océan vers lequel je me dirige. Je coule parce que c’est ma nature de couler.

Je n’ai peut‑être pas l’air assez fort pour l’instant, mais je me renforce progressivement. Goutte après goutte, je deviens une véritable force. Cela fait aussi partie de ma nature.

À chaque fois que tu m’écoutes, tu ajoutes une goutte à mon eau, et je grossis. Les gouttes deviennent un petit ruisseau. Le petit ruisseau conflue avec d’autres pour former un ruisseau, puis un vaste cours d’eau. C’est ainsi que mon désir grandit. D’une étincelle il devient un désir ressenti, puis une passion. Avec de la patience et de la confiance, je peux devenir un fleuve de passion.

Cette voix sonne juste à mon oreille. Elle m’est à la fois familière et étrangère.

Je m’arrête pour considérer mon choix. Je suis soudain conscient de la voix inquiète de ma raison : « Qu’est devenu ton engagement à respecter les délais ? Que sont devenus tes principes et ton organisation ? »

Je lui réponds : « Il y a une heure pour ces choses‑là, et cette heure n’est pas venue. »

« Mais tu tergiverses. Tu prends délibérément du retard », dit la voix d’un ton accusateur.

Je connais bien l’entreprise pour savoir que je ne suis pas le seul à laisser les tâches urgentes supplanter les tâches importantes. Cette impression d’être submergé et pressé par « tout ce qu’il y a à faire » ne fait‑elle pas partie du travail quotidien de millions et de millions de gens ? Et derrière toutes ces pressions, il y a les incontournables conséquences financières d’un travail qui n’est pas réalisé en temps.

Ai‑je le choix ? Se sentir sous pression est‑il un aspect inévitable du travail ? Dois‑je simplement faire avec et continuer à travailler ?

Le résumé de tout ce que j’ai écrit jusqu’ici, c’est que je désire autre chose. Je désire travailler librement. Je désire avoir un mode de travail différent de celui qui consiste à travailler sous pression. Je sais que je ne réussirai jamais à faire tout ce que j’ai à faire. La « pile » de tâches inachevées diminue, puis augmente à nouveau. Puis‑je accomplir mon travail sans me sentir sous pression ?

Existe‑t‑il une alternative ? « Oui. Tu peux travailler plus intelligemment et en faire plus en moins de temps », me dit une voix d’un ton supérieur.

Merci Monsieur le Consultant. J’apprécie votre conseil. « Tu dois mieux t’organiser et t’efforcer de pondre quelques lignes à la fois », me dit une autre.

Merci Monsieur le Grand Manitou. Votre conseil est trop banal. Il y a du vrai dans ce que vous me dites, mais il y a quelque chose en moi qui n’accepte pas totalement ce conseil conventionnel.

C’est le désir silencieux que j’éprouve lorsque les exigences ne parlent pas trop fort. Laissez‑moi me calmer et écouter à nouveau la voix de mon désir.

Les exigences de l’extérieur sont là. Ne les nie pas. Mais vois si tu ne peux pas leur faire rejoindre notre cours d’eau. Nous avons bien avancé ces dernières minutes. Nous progressons dans la bonne direction. Tu y prends du plaisir et les lecteurs en profiteront. J’ignore si tu respecteras tes délais. L’avenir n’est pas totalement contrôlable. Mais laisse toutes tes motivations rejoindre mon cours d’eau au lieu de chercher à te débrouiller autrement. Apporte‑les moi. Un peu de boue dans mon eau ne m’ennuie pas. Je sais utiliser tout ce qui entre en moi. Je sais laisser la boue se déposer au fond de mon lit. Dans mon fleuve de la liberté, les eaux boueuses de ton travail contraignant deviendront claires.

À la veille de ton dernier jour sur terre, tu seras débarrassé des pressions, des contraintes. Mais il sera trop tard, car tu n’auras plus le temps de profiter de ta nouvelle vie. Plus le temps de savoir ce qu’est la liberté.

De savoir comment travaille ou joue un homme libre. Plus le temps de me connaître. Et je vaux vraiment la peine d’être connu.

Alors, décide‑toi maintenant. Rejoins ce fleuve. Tu le peux.

Tu as le choix de travailler pour qui tu le souhaites, pour les exigences extérieures ou pour moi, ce moi qui est toi, ce moi qui est déjà libre.

Tu as une autre solution, ignorer que tu as le choix. Mais tu iras alors grossir le fleuve des exigences, ou tu te révolteras contre elles, ce qui n’est qu’un affluent de la même eau boueuse.

Tu es libre dès l’instant où tu franchis ma frontière. Tu es libre de venir et d’aller selon ton propre choix. Mais viens. Viens simplement parce que tu t’y sentiras bien. Viens simplement pour être libre. Comprends l’avantage de cette démarche.

Lesquelles de ces voix écoutez-vous le plus ? Quelles interférences vous viennent à l'esprit? Comment agissez-vous sur votre jeu intérieur ?

* "La dynamique intérieure du travail" - www.theinnergame.com


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